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.____.Neuf Mars 1993. Pratique, mémo-technique 9-3-9-3 : 09/03/93. J'ai une grande s½ur, M., âgée de cinq ans de plus. Quand je suis née, elle croyait que mes parents ne l'aimaient plus. Ils lui ont expliqué qu'ils ne l'abandonnaient pas bien sûr. Mais ça n'empêche que M. m'en a beaucoup voulu, c'est sûrement la première raison pour laquelle on ne s'est pas entendues pendant très longtemps.
Je n'ai pas une famille de cas sociaux. La famille de ma mère est une famille "bourgeoise" et celle de mon père plutôt "ouvrière".
Ma mère est médecin généraliste, mais quand on a des enfants, on est quand même ruinés. On habitait à Toulouse, il y avait des gitans en bas de l'immeuble, ça craignait un peu. Un jour, une grand-mère gitane s'était fait piquer par une abeille, ma mère l'a soignée et à partir de ce jour les gitans étaient très respectueux envers notre famille.
On a quitté Toulouse quand j'étais encore bébé. On a emménagé à Villenouvelle. Là, j'ai des souvenirs. La belle époque. La belle petite enfance. Même si j'avais un caractère très boudeur (que j'ai beaucoup moins, je tiens à préciser), oui je me vexe pour un rien, et quand j'étais petite il fallait pas dire un mot de travers sinon je boudais pour le reste de la journée. Ma s½ur et moi n'avons jamais fait de caprice, et d'après nos parents on était sages, on a rarement pleuré en public, on faisait pas chier le monde. Ma s½ur riait beaucoup quand elle était petite, jusqu'à mon arrivée. Moi, je mangeais, je dormais et je boudais. Il n'y avait que ma s½ur qui arrivait à me faire rire. Pourquoi ? Parce que c'était ma s½ur, mon modèle, une grande copine qui est encore enfant. Je pense que c'est comme ça avec tous les frères et s½urs. J'étais très bien avec ma famille, je jouais avec ma s½ur, je regardais Bonne nuit les petits et les Walt Disney en boucle, j'avais une maîtresse en or et un Prince. Nicolas. Nicolas, le plus grand de la classe qui tient pas toujours en place, qui désobéit pour faire son fort. Pourtant sa famille était tout à fait normale. Il avait une s½ur de l'âge de la mienne, elles s'entendaient très bien, et nos parents s'entendaient très bien avec les leurs aussi. La mère de Nicolas disait à la mienne qu'il y avait quelque chose entre leurs deux petits, ma mère n'a remarqué que plus tard qu'il me collait, qu'il me suivait à la trace, qu'il observait tout ce que je faisais, qu'il voulait m'aider, qu'il était très doux et très sage quand j'étais là et qu'ainsi la maîtresse le mettait à côté de moi en classe pour qu'il obéisse, et surtout qu'il disait que j'étais sa Princesse. Il devait lui aussi baigner dans les Walt Disney... Bref, j'ai l'impression d'en avoir eu pas grand chose à foutre, mais mon père m'a raconté qu'un jour, quand il était venu me chercher à l'école, il s'était arrêté devant la cour dans laquelle il pouvait voir tous les enfants jouer, courir et crier, sauf deux : Nicolas et moi, qui nous donnions la mains et faisions le tour de la cour en marchant et en bavardant... Quel romantisme pour de si jeunes gens !
Bonne nuit les petits était très important pour moi. C'était le rituel du soir, je regardais ça, crevée, les yeux à moitié fermés, mais il fallait que je le regarde pour pouvoir aller dormir. Et ce qui jouait beaucoup aussi, c'était que le garçon s'appelait Nicolas... Nicolas et Pimprenelle. Lors d'un Noël, mes parents m'avaient offert une petite maison avec les personnages. Je prenais Nicolas dans ma main et je le gardais toute la journée. Et la nuit quand je pouvais. Ma mère avait peur que je me fasse mal puisqu'il était en plastique et elle voulait pas que je devienne dépendante d'un jouet défoncé. Ce pauvre Nicolas en plastique qui était devenu affreux, qui n'avaient plus d'½il ni de bouche tellement je l'avais rongé, il était bleu pour faire le garçon. J'ai toujours aimé les couleurs et je les ai associées à beaucoup de choses. Surtout ce qu'on apprend en maternelle, grâce à des tableaux avec l'alphabet et les jours de la semaine inscrits dessus, le A était bleu, le B était rouge, etc, la semaine des quatre jours était rouges et les jours où on allait pas à l'école étaient verts. C'est pourquoi j'ai toujours associé le rose aux filles (Barbie), le bleu aux garçons, le rouge à ce qui représentait le travail et ce que j'aimais pas (même si j'aimais la couleur), le vert aux weekend et au mercredi.
Je voulais être comme Pimprenelle, elle avait une chemise de nuit rose pour faire la fille mais elle était blonde. Je voulais être blonde. J'avais des reflets dorés et des mèches blondes naturelles, mais j'étais pas blonde. Une fille de ma classe qui s'appelait apparemment Sandy était blonde platine. Mais elle plaisait pas à Nicolas...

J'ai de très beaux souvenirs de Villenouvelle. On avait une promenade habituelle, on l'appelait "le passage du train" parce qu'il fallait traverser une voie de chemin de fer. On faisait donc cette balade tous les soirs des beaux jours. On voyait un magnifique coucher de soleil. J'étais fascinée par les roseaux qu'il y avait. Quand on rentrait à la maison, on regardait le clocher de l'église assez particulier, sur lequel ma s½ur avaient vu des cigognes, on pouvait voir d'élégantes silhouettes d'oiseaux et le clocher noir devant un ciel rose-orangé, c'était magnifique.
Un matin, mon père avait réveillé toute la famille pour nous montrer un bébé rouge-gorge qu'on pouvait approcher de prêt. Il m'a donné le goût pour la nature et l'observation des animaux. En plus on avait un jardin génial pour les enfants. J'y ai beaucoup joué avec ma s½ur, et j'adorais trouver des insectes. Un jour ma s½ur avait trouvé une taupe qui avait perdu son trou.
Au carnaval de l'école, les filles avaient été déguisées en princesse. Nicolas était ravi et il disait qu'on se mariait.
Mais d'autres moments m'ont traumatisée. On a eu des cochons d'Inde. Enfin, ma s½ur a eu. Même si au départ c'était pour toute la famille, j'étais trop petite pour y toucher. Ma mère l'avait oublié dans son enclos du jardin. La nuit elle a entendu des bruits de bagarres de chats, des chats qui s'engueulaient sûrement pour le cochon d'Inde. Il a survécu, mais il était dans un mauvais état...
A l'école aussi, c'était le moment d'aller au toilettes, et donc toute la classe était aux toilettes. La maîtresse s'occupait de ceux qui en ont le plus besoin, c'était le gros bordel, tous les petits parlaient, y'avait du bruit etc. Moi, je faisais pipi toute seule et un garçon de ma classe est entré dans ma cabine (y'avait pas de verrouillage) et il a baissé son pantalon pour me montrer son zizi qui était apparemment rouge. J'en avais rien à foutre, mais j'ai quand même été très choquée de ce qu'il faisait alors que j'étais sagement assise sur ma cuvette. Comme si cela ne suffisait pas, il a commencé à jouer avec, à le tripoter. La maîtresse est arrivée à ce moment-là et on est repartis. Première expérience sexuelle qui m'a laissée perplexe.
J'ai aussi été très vexée lors de la fête de fin d'année. On était cinq filles à devoir se déguiser de costumes, il y avait cinq costumes blancs avec des trucs brillants de différentes couleurs. J'avais, évidemment, repéré le rose. Hélas, la maîtresse demanda d'abord à Chloé quel costume elle voulait. Et elle a choisi, bien sûr, le rose. J'étais très vexée, et ma mère m'a demandé de ne pas bouder. La maîtresse m'a ensuite demandé, donc en deuxième, lequel je voulais. J'ai pris le jaune parce qu'il me rappelait les cheveux blonds. En plus vu que ça brillait, ça faisait pas jaune mais doré. Comme dans Walt Disney. J'étais tellement de mauvaise humeur par la suite que j'avais pas voulu danser avec Nicolas. Et pourtant, j'ai dû. Ce qui me tracassait aussi, c'était de savoir que j'allais partir.

Je ne sais pas pour quelle raison mais on a déménagé. Je crois me souvenir que je l'ai dit à Nicolas qui a beaucoup pleuré. Un véritable chagrin d'amour, comme dans les Walt Disney, un amour impossible parce que la méchante sorcière fout sa merde. C'est là qu'on est arrivés à Gramat. Au revoir chère maîtresse, au revoir chère maison, au revoir la taupe et le rouge-gorge, au revoir passage du train, au revoir mon jardin, au revoir mon Prince.
Et Bienvenue à Gramat... Bienvenue ? Tu parles. Quand je suis arrivée c'était pas le grand accueil. J'étais nouvelle. J'avais trois ans. Je connaissais personne. Mais à Gramat, tout le monde se connaissait déjà. Les disputes, les insultes, la violence, les vols, je connaissais. Je sortais de mon paradis et j'étais larguée dans un univers inconnu de fous. Nicolas n'était plus là pour me protéger. Je savais que j'allais pas le revoir.
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# Gepost op woensdag 07 oktober 2009, 15u09

Gewijzigd op zondag 29 november 2009, 13u42